Déconfinement : Gérons notre optimisme

Nous avons tous vu les photos de ces jeunes fêtards qui s’agglutinent aux portes des bars. Ce qui devait arriver, arriva. Cette semaine, les médias relataient l’histoire d’une fête d’ados qui a dérapé, une soixantaine de jeunes qui ont trinqué, quitté et ensuite infecté leurs familles et les commerces où ils travaillaient. Résultat, une communauté entière est replongée dans le cauchemar de la COVID.

Ce serait facile de blâmer l’insouciance et l’inconscience de ces jeunes, mais ce serait aussi trop facile et, inexact. La vérité est que nous sommes tous et toutes comme eux. Nous portons tous le biais de l’optimisme. La science comportementale a bien documenté ce phénomène. Le biais de l’optimisme fait partie d’une panoplie de raccourcis mentaux (biais cognitifs) que nous utilisons des milliers de fois par jour, pour prendre les décisions ordinaires qui régissent notre quotidien.

Or, il se trouve que celui de l’optimisme est particulièrement répandu. Dans sa version la plus extrême, elle explique les entrepreneurs en série. Dans sa manifestation plus commune, c’est le sentiment que ce qui arrive à d’autres, risque moins de nous toucher. La meilleure façon de l’expliquer, c’est que nous concentrons notre attention sur le moment présent, au détriment du futur. Nous pensons davantage aux conséquences directes de nos décisions, plutôt que de leurs probabilités indirectes. « Je suis en forme, je m’alimente bien et je ne suis jamais malade. Je vais être correct ». Celle-là, je l’ai entendu souvent, depuis le déconfinement. Et vous ?

Pour les autorités, contrer le biais de l’optimisme pose un défi herculéen. Outre la coercition, la meilleure façon de rejoindre la population est par la communication, tant les médias traditionnels que les médias sociaux. Le hic, c’est que le biais de l’optimisme est profondément ancré dans notre psyché. Pas évident de faire bouger ça, mais c’est possible.

Les recherches sur ce phénomène ont identifié ce que les chercheurs appellent « l’effet de la victime identifiable ». Essentiellement, nous réagissons plus rapidement et agressivement à une situation qui touche une personne avec laquelle nous nous identifions plus étroitement, comme les membres de notre famille, nos amis, notre entourage ou notre groupe démographique. Donc, si la COVID touche un frère, une cousine, un collègue ou même le voisin de la troisième rue, cela aura un effet plus direct et immédiat sur notre perception de nos chances d’attraper le virus.

Ce qui me ramène à cette fête d’ados. L’organisatrice de la soirée a volontairement admis son erreur. Elle a même contacté les journaux pour que cela se sache. C’est tout à son honneur. Voilà donc une opportunité à saisir pour les communicateurs. Si la jeune fille et sa famille sont d’accord, pourquoi pas faire de son aveu, un témoignage percutant pour cibler les jeunes ? Nous nous identifions à nos semblables et, effet-de-la-victime-identifiable oblige, il a fort à parier qu’une proportion significative de cette cohorte sera mobilisée par cette triste histoire.

Et, tant qu’à y être, pourquoi pas en faire autant pour les autres groupes démographiques. Tous ont été touchés, des gens ordinaires, des vedettes, des athlètes, des personnalités médiatiques et des arts. Elles auraient de puissantes histoires à partager. Et que dire des influenceurs ? Des reportages relèvent que ces vedettes autoproclamées des médias sociaux se montrent en selfies, sans égards aux mesures sanitaires. Imaginez, s’ils publiaient des images se montrant en fête, mais dans le respect de la distanciation et du port du masque ? Celui ou celle qui va partir ce mouvement, fera un tabac.

Il suffit d’un tout petit instant pour qu’une personne s’arrête et réfléchisse, avant de prendre une décision ou de poser un geste. Si ces témoignages peuvent provoquer ce moment, et la science comportementale indique que c’est possible, ce serait une approche efficace et rentable.