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Caméra au travail; soyez allumé !

Récemment, un journaliste vedette du magazine The New Yorker a commis une publication assez singulière, lors d’une réunion de production. Et, puisque nous sommes en temps de COVID, la réunion était virtuelle. Donc son « exposé » a été capté à la caméra et transmis en direct, au grand dam de ses collègues. Certains ont qualifié l’incident de « toxicité masculine ». Mon collègue, Yvan, préfère parler de « toxicité stupide ».

C’est un cas extrême de suicide professionnel. La vaste majorité d’entre vous possédez plus de discernement que ça. Toutefois, nous sommes tous passés par là (évidemment, dans un registre moins nucléaire). Vous savez à quoi je fais référence, les insolences d’une caméra web. Par exemple, l’histoire de cette gestionnaire qui a téléchargé une application de déguisement et a présidé une réunion d’équipe avec une tête de Madame Patate, à son insu. Ou cette personne qui participe à la réunion depuis son îlot de cuisine, avec la vaisselle sale du souper d’hier, en arrière-plan…

La phase “meeting mou” est terminée

Au début de la COVID, ce genre de faux pas faisait sourire. Chacun pédalait fort pour apprendre les nouvelles techniques du télétravail, tout en équilibrant fragilement la promiscuité familiale et les besoins de l’entreprise. Après sept mois, cependant, nous avons eu le temps de maîtriser les fondements des ZOOM, MEET, TEAMS, WEBEX et autres logiciels de distanciel. L’ère du « meeting mou » est révolue. Désormais, les organisations s’attendent à ce que leurs employés et leurs gestionnaires présentent une image compétente et professionnelle, à la caméra.

Primo, il faut désormais se conscientiser à la présence de « l’autre ». Vous n’êtes plus seuls dans votre bureau. La caméra est une présence visuelle objective. C’est comme si vous aviez un assistant hyperobservant, dans la pièce. Lorsqu’il est allumé, il est hyperalerte. Il capte tout, sans filtre et sans nuance. C’est 100 pour cent WYSIWYG (what you see is what you get).

Lorsque vous actionnez la caméra, vous n’êtes plus simplement Stéphane ou Nadia de la comptabilité. Vous êtes un diffuseur. Imaginez vos réunions comme des soirées électorales où vous êtes l’animatrice ou le commentateur expert. À tout moment, vous pouvez être appelé à “annoncer” ou à « commenter ». L’attention de l’auditoire se braquera sur votre écran. L’image et la performance que vous renverrez, affecteront leur perception de vous et « l’acceptabilité » de votre message. Votre image de marque personnelle sera en jeu. À l’externe, l’enjeu sera double. Devant les clients et vos différents publics, votre image personnelle ET l’image de marque de votre organisation, seront en jeu. Alors, comment éviter les insolences d’une caméra et livrer une performance compétente et professionnelle ? Voici quatre règles de base.

Soyez en “alerte caméra”. Les caméras possèdent un voyant lumineux ou une icône témoin qui apparaît à l’écran au démarrage. Donc ayez toujours cette règle en tête : CE N’EST PAS TERMINÉ, TANT QUE LE VOYANT N’EST PAS ÉTEINT OU QUE L’ICÔNE N’A PAS DISPARU.

Si possible, utilisez un appareil distinct et dédié. Certaines entreprises et organisations fournissent un ordinateur de travail. Si ce n’est pas votre cas, songez à utiliser une autre technologie pour vos réunions, tablette ou téléphone intelligent. Autre possibilité, créer un utilisateur travail sur votre ordinateur. Cela évite les incidents d’applications surprises.

Faites un prétest : En télévision, il y a toujours une petite répétition technique, 30 minutes avant d’entrer en onde, question d’être certain que tout est bien branché et fonctionne. Arrivez 5-7 minutes avant, branchez-vous et faites un test. ZOOM permet d’enregistrer. La plupart des applications permettent au moins un test passif. Vérifiez le cadrage de l’image (pas de vaisselles sales en arrière-plan, portes fermées, votre visage est bien éclairé, etc.), et le son – 1,2,3 je teste. 3,2,1 je déteste… (vieille farce d’animateur).

Fermez votre « selfie ». En réunion, le seul visage qu’on n’a pas l’habitude de voir, c’est le nôtre. Or, se voir « en action » peut s’avérer une distraction agaçante. Les autres ont besoin de vous voir, pas vous. Donc, lorsque vous présentez en mode de partage écran, minimisez la petite fenêtre qui apparaît, en marge de votre écran. Concentrez-vous sur votre performance.

Passez aux toilettes. Si vous prévoyez une réunion d’une heure ou plus, faites un tour là où les reines et les rois vont seuls et à pieds, avant le début. Cela vous évitera le moment gênant où vous devrez quitter inopinément la réunion. Ça évite surtout la gaffe de traîner votre portable aux toilettes, pensant que la caméra est désactivée. Oui, ça arrive et plus souvent que vous ne le croyez. Et ce n’est pas seulement l’image qui peut vous trahir. Les micros intégrés sont d’une sensibilité remarquable et les regards étonnés qui vous accueilleront à votre retour, en seront un témoignage trop éloquent.

« Dans 3,2,1… ». Juste avant de démarrer la caméra. Faites une pause. Fermez les yeux. Visualisez une image qui vous fait sourire, prenez deux respirations profondes. Comptez jusqu’à trois. Ouvrez la caméra…